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La clef de tout, c’est l’influence française dans les institutions internationales et celles de l’Union.

21/9/2021
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15 minutes

A la prétention impuissante dont Paris offre trop souvent le spectacle, je préfère l’humilité efficace. Moins dire que faire ! Depuis 1958, le projet européen a été une ambition française. Elle doit le rester dans les cinq ans qui viennent, avec lucidité, sans naïveté, avec détermination.

Chers amis, 

A la prétention impuissante dont Paris offre trop souvent le spectacle, je préfère l’humilité efficace. Moins dire que faire !


L’Europe est un sujet sur lequel il est difficile de débattre, tant les postures et les caricatures sont devenues la règle. C’est le fruit d’un sentiment d’impuissance. Les uns brandissent l’euro-scepticisme comme une menace populiste : ils ne comprennent pas les Français. Les autres se complaisent dans un dénigrement sans nuance : ils ne défendent pas l’intérêt national.

J’ai négocié le Brexit. Si on n’essaie pas de comprendre le Brexit, si l’on n’essaie pas de comprendre la colère sociale et le sentiment populaire, on n’a rien compris. Il ne faut pas confondre le sentiment populaire avec le populisme !

Abordons le « Bruxelles compliqué » avec des idées simples ! Et d’abord, avec cette idée que l’Europe n’est pas une machine sournoise destinée à détruire notre patrie, mais un formidable levier pour la France, à condition d’en connaître le bon usage. De Gaulle disait : « l’Europe est le levier d’Archimède de la France, pour lui permettre de retrouver son rang ! » Patriote et Européen : Européen parce que patriote. Patriote, donc Européen.

Je connais les arcanes de l’Union européenne. J’en connais les forces et les défaillances. Ma conviction de gaulliste est que l’Europe est notre chance dans le monde tel qu’il est : globalisé, instable, fragile, injuste et dangereux.

La vraie naïveté s’agissant de l’Europe, serait d’en faire un repoussoir. Il existe un bon usage de l’Europe. Dans des domaines très concrets comme l’agriculture, le marché intérieur, l’Europe a beaucoup apporté aux producteurs et aux citoyens. Il faut le dire. Mais il faut aussi remettre l’Europe à sa place chaque fois qu’elle n’est pas utile. La Cour de justice ne doit pas avoir à juger de l’organisation de nos armées.  

Quand nous proposons un moratoire sur l’immigration sécurisé par une réforme constitutionnelle restituant, dans ce seul domaine et pour le temps du moratoire, notre souveraineté juridictionnelle, je ne tiens pas des propos en l’air. Je ne tiens pas des propos anti européens. Je veux faire bouger les choses, en France comme en Europe !

La Présidence française du Conseil de l’Union coïncidera avec la campagne présidentielle. Je forme le vœu que nos dirigeants abordent cette échéance dans le seul intérêt de la France et de l’Europe, et sans arrière-pensées électoralistes.... De leur côté, la droite et le centre ne doivent pas vivre cette période sur la défensive. Nous devrons apporter les idées qui structureront le débat et prépareront le quinquennat à venir. Pour cela, je propose de conduire, sans passion mais sans naïveté, un exercice   d’inventaire : gardons le meilleur de l’Europe ; sauvegardons le meilleur de la France.

J’ai déjà eu l’occasion de présenter ces idées : une Taxe Carbone aux frontières de l’Union, une refonte de l’outil Frontex, la renégociation des accords de Dublin, une vraie politique de réciprocité dans les traités commerciaux. A propos de la taxonomie, je le dis clairement : la France ne doit pas accepter que le nucléaire soit exclu du label vert européen ! 

Nous devons construire une croissance écologique, qui s’appuie notamment sur la recherche, et non pas une écologie malthusienne. Il y a 30 ans, l’UE a ouvert toutes ses portes et ses fenêtres, au nom du libre-échange, en dérégulant tout ce qui pouvait l’être et en imaginant que le commerce allait résoudre tous les problèmes.  Personne d’autre n’a fait cela. Ne recommençons pas aujourd’hui la même erreur avec l’écologie, en baissant la garde et en nous accommodant de la décroissance, voire en la prônant. On ne relèvera pas le défi écologique dans un seul continent.

Nous devons aussi bâtir une politique industrielle plus ambitieuse, répondre aux nombreuses questions sans réponse sur le plan de relance, imaginer une gestion coordonnée des risques majeurs. Dans la gestion européenne du Covid 19, le meilleur a côtoyé le pire : tirons en les conclusions. 

Quelques mots enfin sur la crise ouverte par nos partenaires américains du fait de l’annulation de la commande de sous-marins par l’Australie à la France. Ce désastre industriel et diplomatique appelle une réflexion de fond. Cette affaire illustre avant toute chose une réalité sur laquelle je ne cesse de mettre en garde depuis des années : dans le monde tel qu’il est, brutal, incertain, instable, nous ne pouvons, nous Français et nous Européens, nous en remettre à personne d’autre pour promouvoir et défendre nos intérêts. Ma conviction est que ce contrat industriel de grande qualité a été accompagné sur le plan politique avec beaucoup de légèreté. 

Nous retrouvons là une sorte de marque de fabrique de la diplomatie macronienne : des ambitions grandioses en forme d’incantations, mais au final, une solitude française car ce gouvernement ne parvient, ni à convaincre nos partenaires, ni à nous faire respecter. La France entend jouer un rôle majeur dans le Pacifique. Pour assumer une telle ambition, encore faut-il s’en donner les moyens, politiques, diplomatiques, militaires, sinon nous nous condamnons à n’être qu’un supplétif des américains. 

Boris Johnson a récemment rappelé son amour « indéracinable » pour la France. Vous comprendrez à quel point j’en ai été touché. Mais nos partenaires doivent comprendre que l’alliance n’est pas l’allégeance !

Jouer un rôle majeur dans le Pacifique est d’autant plus légitime que nous y sommes présents grâce à la Nouvelle-Calédonie, qui est un atout et une chance incomparable pour notre pays. Pourquoi ce gouvernement ne dit-il pas clairement que la Nouvelle-Calédonie, c’est la France, au lieu de tourner autour du pot en invoquant la neutralité de l’Etat? L’intérêt de l’Etat et l’intérêt de la France, c’est que la Nouvelle-Calédonie reste française, conformément au choix populaire déjà exprimé lors de deux référendums récents par les néo-calédoniens. Nous avons toutes les raisons d’avoir une ambition française dans cette région du monde.

La clef de tout, c’est l’influence française dans les institutions internationales et celles de l’Union. Elle a énormément régressé. En 2015, la Fondation Schuman identifiait 26 postes importants à la Commission occupés par des Français: moins que l’Allemagne ( 56) et moins que l’Italie (29)  L’influence française ne se décrète pas. Elle se construit. Nous devons susciter des vocations françaises au service de l’Union: en 2010, la France en arrivait qu’au 6ème rang pour le nombre de lauréats des concours de la fonction européenne. Il n’est pas étonnant que la francophonie se soit aussi vite effacée. La distance affichée envers nos partenaires de l’Est de l’Europe, la désinvolture affichée à l’égard de Bruxelles aussi sont des fautes. Nous devons faire du retour de notre influence un objectif majeur de notre prochain quinquennat. Elle passera par le respect. Si nous voulons que l’Europe nous respecte, respectons- la!

Depuis 1958, le projet européen a été une ambition française. Elle doit le rester dans les cinq ans qui viennent, avec lucidité, sans naïveté, avec détermination.

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