Macron simplifie les oppositions entre lui et les extrêmes à outrance.

ENTRETIEN. L’ancien commissaire européen Michel Barnier revient sur la campagne difficile de Valérie Pécresse et juge l’action du président de la République.

 

Un temps favori à droite, Michel Barnier fait désormais office de « mousquetaire » pour sa candidate Valérie Pécresse. Attaché à sa famille politique, ce gaulliste convaincu conseille la présidente d’Île-de-France, à la peine dans les sondages, sur les grands enjeux internationaux du moment. UkraineRussie, rôle de l’Europe, Alliance Atlantique… Pour Le Point, il revient sur l’actualité et donne son avis sur le scrutin, à huit jours du premier tour. Emmanuel Macron ? Un président solitaire et arrogant. Les chances de la droite de l’emporter ? Ne jamais désespérer avant le coup de sifflet final. L’ancien commissaire européen explique pourquoi, selon lui, l’alternance démocratique est indispensable et fait mine de croire en un hypothétique ralliement de Nicolas Sarkozy : « Ce que je sais, c’est que sa famille politique est importante pour lui. »

Michel Barnier : Il y a beaucoup de leçons à tirer d’ores et déjà de cette guerre terrible et délibérée. La première, c’est qu’il s’agit d’un électrochoc et qu’il en va de notre sécurité. Le simple fait que la guerre revienne sur notre continent doit nous encourager à être capables d’assurer notre propre défense, avec nos propres forces et aussi en bonne intelligence avec l’Alliance Atlantique (Otan). C’est toute la question d’une défense européenne commune alors que plusieurs pays comme le Danemark, l’Allemagne, la Suède ou la Finlande prennent désormais la mesure de la menace. Quelle part de notre effort national peut-on accorder à une défense européenne ? La deuxième leçon est celle de notre indépendance énergétique. Il faut que nous réduisions notre dépendance multiple à toutes les sources d’énergie et que nous diversifiions nos approvisionnements au-delà de la Russie. C’est là que le pouvoir sortant, celui d’Emmanuel Macron et de son gouvernement, a une lourde responsabilité après avoir baissé la garde sur l’énergie nucléaire pour finir par nous expliquer, à la veille des élections, qu’il s’était trompé. C’est beaucoup de temps perdu.

Qu’est-ce que les Européens n’ont pas voulu voir que les Américains avaient compris ?

Est-ce que les Américains ont compris la gravité de la situation avant nous ? Je ne le crois pas. Il faut revenir en arrière pour remettre en perspective cette guerre incompréhensible et injustifiable dans le contexte plus ancien de l’effondrement de l’URSS. C’est, au fond, le grand regret de Vladimir Poutine, qui en veut, à coup sûr, aux anciens dirigeants soviétiques d’avoir laissé ce système péricliter. Contrairement à ce qui a été dit, au lendemain de l’effondrement de l’URSS, les Occidentaux – américains et européens – ont tendu la main de façon sincère au peuple russe. Je peux même vous rappeler quelques dates : l’entrée de la Russie dans le FMI en 1992, le partenariat pour la paix signé entre l’Alliance Atlantique et la Russie en 1994, l’entrée de la Russie dans le Conseil de l’Europe en 1996 et enfin son intégration au G8… Toutes ces étapes ont été réalisées avec notre accord, tant du côté européen qu’américain. Ce qui a sans doute été sous-estimé, c’est cette rancœur nostalgique de la Grande Russie de la part du premier dirigeant russe. Mais Poutine est aussi à la tête d’un régime autoritaire. Il a un problème avec la démocratie et donc avec l’Union européenne, parce qu’il se méfie de l’attractivité des valeurs et des libertés individuelles sur les peuples en Europe centrale, et sans doute en Russie aussi.

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